Profitons de l'été
- Communiqué public GEAB N°34 (15 avril 2009) -

La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve
chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d'après Washington, dans
le « piège
Dollar » de ses 1.400 milliards d'actifs libellés en Dollars US (1) ?
D'après les dirigeants américains et leur cortège d'experts médiatiques, à
continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en
achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US (2).
Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s'évader
bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute
que Pékin cherche sans relâche désormais (3) à se débarrasser au plus vite de
cette montagne d'actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et
la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de
Chinois (4) est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les
« tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois
dans le système économique et financier mondial afin de s'évader du « piège
Dollar » d'ici la fin de l'été 2009. Sur fond de cessation de paiement des
Etats-Unis s'ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi
» deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d'un G20 de
Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d'une dislocation
géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l'analyse dans ce numéro du Global
Europe Anticipation Bulletin.
Evolution trimestrielle de l'accroissement des réserves de change chinoises - Source : Banque centrale de Chine / New York Times, 04/2009
Derrière le « jeu de dupes » londonien, où chacun a prétendu croire qu’une collaboration internationale « historique » (5) était en action, on constate en fait une profonde division du G20 : les Américains et le Britanniques (suivis par un Japon docile) tentent désespérément de préserver leur contrôle sur le système financier mondial, en bloquant ou en diluant toute réforme significative donnant un pouvoir plus important aux autres acteurs du système, sans plus avoir assez de puissance pour imposer leurs objectifs. Les Chinois, les Russes, les Indiens, les Brésiliens, … essayent de rééquilibrer le système monétaire et financier international en leur faveur, mais sans pouvoir (ou peut-être même sans vouloir vraiment (6)) imposer une telle réforme. Les Européens (et quand on utilise ce terme il implique de plus en plus une UE sans le Royaume-Uni) s'avèrent de leur côté incapables de trancher entre les deux seules options qui s'offrent à eux : sombrer avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni en copiant leurs politiques ou bien remettre fondamentalement en cause le système monétaire et financier mondial actuel en partenariat avec les Chinois, les Russes, les Indiens et les Brésiliens. Ils arrivent à ne plus suivre Washington et Londres dans leur reproduction des politiques passées qui ont toutes déjà fait faillite (7), mais ils ne parviennent pas à oser préparer l'avenir.
L'effondrement du commerce international n'a aucun précédent - Evolution annuelle à partir des taux trimestriels (courbe en trait continu : évolution en cours / courbe en petits pointillés : prévision d'après la corrélation historique entre le com
Les Européens porteront d'ailleurs une responsabilité
majeure si, dans la brève fenêtre temporelle qui reste (moins de six mois
désormais), aucune action majeure n'est entreprise pour éviter la crise longue
et tragique qui durera plus d'une décennie (8). Ils possèdent à la fois le
savoir-faire technique pour aider au succès d'une devise internationale fondée
sur un panier des principales monnaies et une méthode politique qui permet de
gérer au mieux les intérêts stratégiques divers d'un ensemble de pays comme
ceux dont la monnaie serait derrière la nouvelle devise internationale de
référence. Pourtant, il existe aujourd'hui une évidente incapacité des
dirigeants de l'UE (et notamment de la zone Euro) à assumer ces
responsabilités, comme si finalement ils préféraient voir le système occidental
finir de se briser (tout en proclamant le contraire) plutôt que de se battre
pour en faire un pont vers un nouveau système mondial : que ce soit un choix
(ce que LEAP/E2020 ne croit pas) ou que ce soit le simple résultat de la pusillanimité
de dirigeants européens choisis pour leur docilité (vis-à-vis de Washington et
des grands opérateurs économiques et financiers européens), dans tous les cas,
leur neutralité est très dangereuse pour la planète puisqu'elle empêche le
lancement d'un processus efficace permettant d’éviter une crise longue et
tragique (9).
Ainsi, dans ce GEAB N°34, nos chercheurs développent plus avant leurs
anticipations sur les formes possibles que prendra la cessation de paiement
américaine d'ici la fin de l'été 2009 et que le mois d'Avril 2009 (principal
mois de collecte des revenus fiscaux aux Etats-Unis) va rendre désormais
impossible à masquer (10). La cessation de paiement des Etats-Unis à l'été 2009
est en effet d'une actualité toujours plus brûlante avec un déficit public
désormais totalement hors de contrôle sur fond d'explosion des dépenses (+ 41%)
et d'effondrement des recettes fiscales (-28%) comme l'a anticipé LEAP/E2020 il
y a plus d'un an : pour le seul mois de Mars 2009, le déficit fédéral s'est monté
à près de 200 Milliards USD (très largement au-dessus des prévision les plus
pessimistes), soit à peine un peu moins de la moitié du déficit pourtant record
de l'ensemble de l'année 2008 (11). Et le même phénomène se répète à tous les
niveaux de la structure publique du pays : état fédéral, états fédérés (12),
comtés, villes (13), … partout les recettes fiscales s'évanouissent
entraînant de manière accélérée l'ensemble du pays dans une spirale déficitaire
que personne (Washington en premier chef) ne maîtrise plus.
Evolution des revenus fiscaux de sociétés aux Etats-Unis (1930 – 2009) - Sources : US Department of Commerce / Réserve Fédérale de Saint Louis (Estimation 2° et 3° trimestres 2009 par EconomicEdge)




